Des visas et des hommes

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Obtenir un visa pour aller en Europe ou aux Etats-Unis est devenu une véritable galère pour les ressortissants d’un grand nombre de pays. Toutes les classes sociales sont concernées,  y compris les universitaires invités pour participer à des conférences internationales.

A Abidjan, comme à Quito, Peshawar ou ailleurs dans ce qu’il est convenu d’appeler l’hémisphère Sud, dès l’aube, et souvent même pendant la nuit, de longues files se forment devant les ambassades et les consulats de France, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de Suisse, transformés en autant de bunkers inaccessibles. Avec à la clé, souvent, des journées entières à attendre sous un soleil de plomb ou des pluies diluviennes.

Et, en prime, les remarques désagréables, voire les brutalités, des vigiles et autres forces de l’ordre chargés d’encadrer la foule des demandeurs de visas. Lesquels ne se privent d’ailleurs pas, parfois, de racketter celles et ceux qui cherchent à écourter leur attente et accéder plus rapidement au guichet. C’est donc tout un petit trafic qui tend à se développer dans le périmètre des ambassades, qui débouche parfois sur des scandales retentissants.

Lorsqu’on parvient enfin à pénétrer dans les bureaux du consulat ou de l’ambassade, c’est souvent pour y subir les humiliations de la part d’un personnel méprisant et suspicieux, qui exige une liste infinie de documents, vous faisant revenir à de multiples reprises jusqu’à ce que vous ayez fourni les pièces les plus invraisemblables. On voudrait décourager les gens d’aller en Europe qu’on ne s’y prendrait pas autrement. A tel point que les consulats et les ambassades des pays occidentaux, dans de nombreux pays du monde sont devenus de facto des zones de non droit, mettant en oeuvre une politique d’octroi des visas qui ressemble de plus en plus à une politique de non entrée en matière, quel que soit le cas de figure.

Certes, chaque pays a le droit de décider qui peut pénétrer ou non sur son territoire. Mais faut-il pour autant infliger des humiliations en cascade à toutes celles et ceux qui souhaitent aller faire un séjour en Europe, à tel point qu’une simple demande de visa devienne un véritable calvaire ? Lassés par de tels comportements, certains pays ont d’ailleurs opté pour le principe de réciprocité. C’est notamment le cas du Brésil, qui a décidé d’exiger un visa aux citoyens européens désireux de passer une partie de l’hiver sur les plages de Rio, ainsi que l’obligation humiliante des empreintes digitales aux Américains, comme ceux-ci l’exigent des citoyens brésiliens. Le Sénégal fait désormais de même, et exige une demande de visa à tous les ressortissants dont le pays exige des Sénégalais un visa avant d’y accéder, chaque pays se voyant ainsi rendre la monnaie de sa pièce.

Y aurait-il deux poids deux mesures ? Car durant les périodes qui précèdent leurs vacances, les Européens se précipitent eux aussi sur les ambassades et les consulats de pays lointains, pour solliciter un visa, avant de se rendre aux quatre coins de la planète, histoire de décompresser un peu, de se prélasser sur des plages de rêve ou de découvrir d’autres cultures. Une demande de visa n’est qu’une simple formalité, accomplie sans problèmes et très rapidement. De nombreux pays touristiques n’exigent d’ailleurs même plus de visa de la part des Européens, pour faciliter leur venue. Tandis que dans le sens inverse, c’est galère, humiliations et compagnie.

Mais est-ce bien raisonnable que la mobilité au niveau international soit devenue l’apanage des citoyens des seuls pays européens et nord-américains, ainsi que d’une petite élite de pays perçus comme présentant un « risque migratoire » ? L’écrasante majorité des habitants de régions entières sont désormais assignés à résidence à vie. Ou alors condamnés à recourir à des moyens illégaux pour voyager dans ces pays occidentaux qu’ils ont pourtant appris à aimer de toutes sortes de manières, mais qu’ils n’auront jamais la chance de voir en vrai, ni pour changer d’air, ni pour découvrir d’autres cultures, et pas plus pour rendre visite à des amis ou de la famille

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